Vous culpabilisez de ne pas dessiner tous les jours ? Vous avez des semaines où vous enchaînez les exercices, puis plus rien pendant un mois ? Vous avez l’impression de perdre tout ce que vous avez gagné dès que vous faites une pause ?
Je vois souvent passer des questions de ce type sur le Discord. Voici récemment celle d’une élève :
« Quand quelque chose en dessin me paraît être une montagne mais que je dois le faire pour m’améliorer, comment éviter la procrastination ? Est-ce que je dois faire un exercice du jour, tous les jours ? J’imagine que c’est la voie la plus logique pour progresser… ? »
Cette question, elle revient sans cesse. Et la réponse n’est presque jamais celle qu’on attend.
Dans cet article, je vous partage ma vision du rythme en dessin : pourquoi forcer la régularité quotidienne épuise plus qu’elle ne fait progresser, comment écouter vos vrais cycles de création, et comment continuer à avancer même quand vous n’avez pas envie d’ouvrir votre carnet.
Le MYTHE du « il faut dessiner tous les jours »
Sur internet, on vous répète la même chose partout : « Dessine tous les jours, sinon tu ne progresseras pas. »
Résultat : vous démarrez votre carnet plein d’élan en janvier, vous tenez trois semaines, puis une mauvaise journée arrive, vous sautez un jour, puis deux, puis vous n’osez plus l’ouvrir parce que « de toute façon, c’est foutu ».
La vérité, c’est que cette injonction au quotidien fait plus de dégâts qu’elle n’en répare. En tant qu’humains, on a tendance à vouloir être performants et productifs de manière constante. Pourtant, surtout quand on est une femme, on est bien au fait de nos cycles : cycles de création, cycles de destruction, cycles de repos. Il me semble bien plus juste de les suivre que de s’imposer de travailler toujours sur le même rythme.
Si malgré tout vous souhaitez tenir une vraie pratique quotidienne, j’ai écrit un guide complet pour ça : Comment dessiner tous les jours grâce à une routine dessin. Les deux articles se complètent.
Votre rythme n’est pas celui du voisin
J’enseigne le dessin en ligne depuis 2017. Plus de 1300 élèves sont passés par mes formations. Et je peux vous dire une chose : il n’existe pas un bon rythme.
Certains élèves progressent avec 15 minutes de croquis par jour, comme on se brosse les dents. D’autres ne touchent pas un crayon pendant 3 semaines, puis dévorent 30 heures d’exercices sur un week-end et progressent à vitesse grand V.
Les deux fonctionnent. Vraiment.
Mettez-vous en tête que vous êtes quelqu’un qui apprend à son rythme, et vous aurez beaucoup plus de mal à abandonner. Parce que vous arrêterez de comparer le vôtre à celui du dessinateur Instagram qui poste 7 illustrations par semaine (sans vous dire qu’il fait ça depuis 12 ans et qu’il en a fait son métier).
Comment identifier dans quel cycle vous êtes
Si on part du postulat qu’il est important de suivre ses cycles, encore faut-il savoir où vous en êtes. Personne ne va vous l’indiquer depuis l’extérieur, ça se passe à l’intérieur de vous. Il y a deux choses à écouter.
1. Écoutez vos pensées
Quand vous décidez de pratiquer, quelles sont vos pensées juste avant ? Est-ce plutôt : « Je suis excitée, j’ai vraiment envie de m’y mettre. » Ou plutôt : « J’ai pas le temps, ça sert à rien, je ne progresse pas. » ?
Si vous cherchez des excuses pour ne pas ouvrir votre carnet, peut-être que vous êtes simplement dans un cycle où ce n’est pas le bon moment. Et ce n’est pas grave. Ça peut arriver même en plein été, même quand votre planning est dégagé, même quand vous avez tout le matériel sous la main.
2. Écoutez votre corps
C’est un peu plus subtil, parce que notre société nous a appris à nous couper de nos sensations. Juste avant de vous installer pour dessiner, posez-vous la question : « Qu’est-ce que je ressens, là, maintenant ? »
Vous sentez de l’excitation, des petits papillons dans le ventre, l’envie de prendre votre crayon ? Allez‑y. Vous sentez une contraction dans les épaules, une posture qui s’avachit dès que vous y pensez, une lourdeur ? C’est un bon indicateur que ce n’est pas le moment, et ce n’est pas en vous forçant que ça va aller mieux.
Adaptez votre pratique et votre style à votre cycle (pas l’inverse)
Quand on dit « dessiner », on imagine souvent une seule activité. En vrai, il y a 100 manières de pratiquer. Et selon votre cycle, certaines vont vous parler et d’autres pas du tout.
Quand vous avez envie d’être dehors, dans la nature, de marcher, de bouger : emportez un carnet de croquis. Faites du dessin de plein air, de l’urban sketching, des notes visuelles de paysages.
Quand vous êtes en mode cocooning, sous la couette, avec un chat sur les genoux et un plaid : sortez plutôt votre iPad ou un petit support portatif. Quelque chose de doux, peu engageant, qui ne demande pas d’installer une table.

Au lieu de vous forcer à faire la même chose toute l’année, demandez-vous chaque saison : de quoi j’ai envie en ce moment ? Et adaptez l’activité, le style, les formes, le mouvement, au cycle où vous êtes. Pas le contraire.
Si l’élan a complètement disparu et que vous ne savez plus par quel bout reprendre, j’ai écrit un article entier sur la question : Comment se motiver à dessiner.
Vous pouvez progresser SANS dessiner
Voici une idée qui va peut-être vous surprendre : apprendre le dessin, ce n’est pas seulement dessiner.
Quand vous n’avez pas l’élan pour pratiquer activement, vous pouvez quand même nourrir votre œil et votre cerveau d’artiste. Voici ce qui marche très bien dans ces périodes :
- Étudier l’anatomie (lire, regarder des planches, comprendre comment les muscles s’articulent)
- Analyser des illustrations qui vous plaisent (composition, choix de couleurs, direction artistique)
- Observer autour de vous (les plis d’un manteau, les ombres sur un visage, le mouvement d’un chat)
- Regarder des artbooks, des timelapses, des vidéos d’artistes au travail
- Lire sur la théorie des couleurs, la perspective, la lumière
Vous progresserez plus vite en pratiquant, c’est sûr. Mais ces périodes d’observation et de théorie ne sont pas du temps perdu. Elles nourrissent votre mémoire visuelle, qui est l’outil principal du dessinateur. Les neurosciences appellent ce mécanisme la consolidation mnésique : l’information observée s’ancre durablement pendant les phases de repos et de sommeil, pas pendant l’exécution motrice elle-même. Léonard de Vinci alternait déjà études d’anatomie écrites et phases de peinture, et le dessinateur James Gurney (auteur de Color and Light) défend la même alternance dans sa méthode « Imaginative Realism ». Quand vous reprendrez le crayon après une pause d’observation, vous serez surprise de ce qui aura intégré.
Pas de création sans SÉCURITÉ
Le dessin n’est pas un métier purement cérébral ou mathématique. Il est connecté à votre état d’esprit, à qui vous êtes à l’intérieur, à votre environnement.
Si vous n’êtes pas dans un cadre propice (soucis de santé, d’argent, de logement, conflits familiaux, surcharge mentale), il sera très compliqué pour votre corps et votre esprit de se sentir suffisamment en sécurité pour se mettre dans une activité qui n’est pas « productive » au sens classique du terme.
On reste des animaux. Notre système nerveux réagit aux agressions extérieures. Aujourd’hui ce n’est plus un tigre dans la savane, mais le stress du quotidien crée le même genre de blocage. C’est ce que le neuroscientifique Stephen Porges a appelé la théorie polyvagale : tant que le système nerveux est en mode défense, le cerveau ne peut pas accéder à ses fonctions créatives. Avant de vous reprocher de ne pas dessiner, posez-vous la vraie question : est-ce que mon environnement est propice à la création en ce moment ?
Si oui, alors le problème est ailleurs et on va le creuser plus bas. Si non, agissez d’abord sur l’environnement. Réglez ce qui peut l’être. Le dessin reviendra naturellement.
Le cas particulier des artistes face à l’IA
J’ouvre une parenthèse sur quelque chose qui revient beaucoup dans mes DM sur Instagram. Beaucoup d’entre vous me disent : depuis l’arrivée des IA génératives, je ne me sens plus inspirée à dessiner. À quoi bon, si un ordinateur peut le faire en 10 secondes ?
Je comprends ce sentiment, surtout si vous visez le pro. Mon conseil : éloignez-vous des news liées à l’IA pendant un temps. C’est intéressant de connaître les avancées techniques, mais si vous passez vos journées à réagir à ce qui se passe à l’extérieur de vous, il sera très compliqué de créer à l’intérieur de vous. Coupez le flux, revenez à votre carnet, retrouvez votre propre voix. Vous prendrez de meilleures décisions ensuite.
Comment savoir si c’est de la procrastination ou un vrai temps d’intégration ?
Bon. Je vous entends d’ici : « Sandra, c’est facile à dire, mais comment je fais la différence entre une vraie pause utile et une procrastination qui m’éloigne du dessin ? »
Voici les signaux qui m’aident à trancher.
Une pause d’intégration ressemble à ça :
- Vous pensez encore au dessin (idées qui passent, observations dans la rue, envie qui revient par vagues)
- Vous ne touchez pas le crayon, mais vous regardez des illustrations, des artbooks, des vidéos d’artistes
- Quand vous reprenez, vous avez progressé sans rien faire de visible
Une vraie procrastination ressemble plutôt à ça :
- Vous évitez activement votre carnet, vous le cachez même
- Vous achetez plein de matériel mais vous ne l’ouvrez pas
- Vous comparez vos dessins aux autres et ça vous démotive de plus en plus
- Quand vous y pensez, il y a de la culpabilité ou de la peur, pas de l’envie
Dans le second cas, ce n’est pas un problème de rythme. C’est un blocage. Et on ne sort pas d’un blocage en se forçant à dessiner tous les jours, on en sort en démêlant la pelote de laine. Souvent, ça commence par retirer la pression.
Si vous vous reconnaissez surtout dans la seconde liste, votre vrai sujet est probablement un blocage artistique, pas un problème de rythme. J’y consacre un article complet : Art block : comment venir à bout d’un blocage artistique.
Trouver une COMMUNAUTÉ pour ne pas rester seule dans vos creux
L’autre levier qui change tout dans les périodes de creux : ne pas rester seule. Quand vos amis ne dessinent pas, ne lisent pas d’artbooks, ne regardent pas de vidéos process, vous vous sentez vite à part. Et c’est démotivant.
Trouvez une communauté en ligne. Forums, YouTube, Discord, comptes Insta. Pour mes élèves, j’ai mis en place un Discord privé qui leur permet de partager leurs dessins, de poser leurs questions et de se sentir épaulés bien après la fin de leur formation. C’est l’un des éléments qui revient le plus souvent dans les retours.
Si vous voulez à la fois une méthode structurée et un Discord actif avec corrections vidéo personnalisées, c’est exactement ce que je propose dans ma formation Apprendre les bases du dessin. Vous avancez à votre rythme, sans deadline, et je vous corrige personnellement quand vous partagez vos dessins.
La conclusion la plus importante : ÉCOUTEZ-VOUS
Si je devais retenir une seule phrase de tout ce qu’on vient de voir, ce serait celle-là : écoutez-vous.
Suivre vos cycles, ça veut juste dire ça. Pas « trouver la routine parfaite », pas « dessiner tous les jours », pas « copier le rythme d’un autre dessinateur ». Écouter vos pensées, écouter votre corps, observer dans quel cycle vous êtes, et adapter votre pratique à ça.
Si vous êtes démotivée, il y a une raison. Cherchez-la. Action concrète à mettre en place dans votre environnement ? Ou est-ce que vous avez simplement besoin de vous reposer un peu ? Les deux sont valables.
Le dessin est un chemin, pas un sprint. Vous allez l’arpenter pendant 5, 10, 20 ans. Vous n’êtes pas pressée. Personne ne va vous noter à la fin de l’année. Personne, sauf vous.
Pour aller plus loin
Cet article est tiré de mon épisode de podcast Suivez vos cycles d’inspiration, que vous pouvez écouter en entier sur Spotify ou en haut de page. Si vous êtes plutôt à un stade de reprise après une longue pause, mon article Reprendre le dessin après une pause est probablement plus aligné avec votre situation actuelle.
Si vous avez des questions ou que vous voulez partager votre propre rythme en commentaire, je serai ravie de vous lire. Bon dessin à toutes et tous !
Questions fréquentes sur le rythme en dessin
Faut-il dessiner tous les jours pour progresser ?
Non. La pratique quotidienne est un rythme efficace, mais ce n’est pas le seul. Une session intensive de 3 à 5 heures par semaine, ou des cycles de pratique intense suivis de phases d’intégration, produisent des résultats comparables. Ce qui compte n’est pas la fréquence mais la régularité du retour à la pratique sur le long terme.
Combien de temps faut-il dessiner par jour pour progresser ?
Si vous choisissez la pratique quotidienne, 10 à 20 minutes par jour suffisent pour progresser, à condition que la pratique soit ciblée (exercice précis, sujet plaisir, étude courte). L’effet d’une session courte mais régulière dépasse celui d’une session héroïque ponctuelle de plusieurs heures.
Comment reconnaître ses propres cycles créatifs ?
Deux signaux fiables : vos pensées juste avant de pratiquer (excitation versus excuses), et vos sensations corporelles (papillons dans le ventre versus contraction des épaules). Si le corps et l’esprit envoient des signaux de fermeture, c’est probablement un cycle de repos, pas de la procrastination.
Peut-on progresser en dessin sans dessiner ?
Oui, en partie. L’observation active, l’étude d’anatomie, l’analyse d’illustrations, la lecture sur la théorie des couleurs et la perspective nourrissent votre mémoire visuelle. C’est ce qu’on appelle la consolidation mnésique en neurosciences : l’information s’ancre durablement pendant les phases passives. Mais l’exécution motrice (le geste, le trait) ne s’améliore qu’en dessinant, donc l’équilibre observation/pratique reste essentiel sur le long terme.
Comment savoir si c’est de la procrastination ou un vrai temps d’intégration ?
Une pause d’intégration s’accompagne d’une consommation visuelle passive (artbooks, vidéos d’artistes, observation du réel) et d’une envie qui revient par vagues. Une procrastination réelle s’accompagne d’évitement actif (carnet caché), de comparaisons décourageantes aux autres, et de culpabilité plus que d’envie. Le second cas relève d’un blocage à dénouer, pas d’un problème de rythme.
Combien de temps faut-il pour progresser visiblement en dessin ?
Avec une pratique régulière (peu importe le rythme exact), les premiers progrès visibles arrivent en 2 à 3 mois. Une maîtrise des fondamentaux (proportions, perspective, valeurs) demande généralement 1 à 2 ans de pratique régulière. Le seuil de qualité professionnelle commence vers 5 à 10 ans. Ces durées varient fortement selon la méthode suivie, la qualité des retours reçus et l’intensité de la pratique.



