Vous vous installez pour dessiner, mais le cœur n’y est pas ? Vous avez de moins en moins envie de créer, sans trop savoir pourquoi ? Vous vous demandez si vous avez perdu la flamme pour de bon ?
Soyons honnêtes : en ce moment, les nouvelles du monde ne sont pas folles. Guerres, crises à répétition, incertitude permanente, on baigne dans un climat ambiant assez lourd, et votre cerveau l’encaisse en continu, que vous le vouliez ou non.
Je vais être honnête avec vous : ces dernières semaines, j’ai eu moins envie de peindre. Et en discutant avec mes élèves, j’ai compris que je n’étais pas la seule. Si vous n’avez plus envie de dessiner en ce moment, ce n’est pas un défaut de votre part, c’est l’époque qui pèse. Je vous explique ce qui se passe vraiment dans votre corps, et surtout comment retrouver l’envie de dessiner, en douceur.
En ce moment, vous n’êtes pas seul à avoir moins envie de dessiner
Une de mes élèves m’a confié exactement la même chose que ce que je ressentais. Et j’ai vu le nombre d’élèves baisser ces derniers temps. En clair : ce n’est pas un petit coup de mou isolé, c’est quelque chose d’ambiant, et ça colle parfaitement à la période qu’on traverse. Quand l’actualité est anxiogène jour après jour, beaucoup d’artistes, débutants comme confirmés, ressentent la même perte d’élan. Certains vont jusqu’à abandonner le dessin, convaincus d’avoir perdu toute motivation. D’autres continuent d’apprendre à dessiner, mais sans aucun plaisir. Et tous se demandent comment se motiver à dessiner de nouveau.
Pourtant, la motivation en dessin ne s’effondre jamais par hasard. Comprendre pourquoi la motivation chute, surtout dans un contexte mondial aussi pesant, c’est la première étape pour rester motivé et garder la motivation sur la durée. Et la raison n’a rien à voir avec votre volonté.
Pourquoi votre cerveau met le dessin sur pause
La première chose qu’il faut comprendre, c’est qu’on est des animaux avant tout. Quand notre cerveau perçoit un danger, il a une seule priorité : survivre. Tout le reste passe après, à commencer par créer. Et quand les nouvelles du monde sont mauvaises en permanence, votre cerveau reçoit ce signal de danger en boucle, même assis tranquillement chez vous.
On ne s’arrête pas pour décorer le salon quand la maison brûle. Votre cerveau fait exactement pareil : tant qu’il entend l’alarme, il ne libère pas l’énergie nécessaire pour dessiner, et il devient difficile de s’y mettre. Donc si vous n’arrivez plus à faire du dessin dans une période pareille, votre corps fait simplement ce pour quoi il est programmé. Inutile de vous accuser de paresse.
Ce qui vous maintient en état d’alerte
Les quatre réflexes de survie
Le climat actuel nous garde en mode survie, à travers quatre réflexes automatiques :
- Combattre : on devient irritable, sur la défensive, on veut tout contrôler.
- Fuir : on s’agite, on se sur-occupe, impossible de se poser.
- Se figer : on se sent paralysé, vidé, incapable de commencer quoi que ce soit.
- Se soumettre : on s’efface, on fait plaisir aux autres pour apaiser, en s’oubliant soi.
Le point commun de ces quatre états : aucun ne laisse de place pour créer. Dessiner demande de se sentir en sécurité, et c’est précisément ce qui manque quand le monde semble partir dans tous les sens.
Votre système nerveux fonctionne comme une voiture
Imaginez deux pédales. Le système nerveux sympathique, c’est l’accélérateur : l’action, l’alerte. Le parasympathique, c’est le frein : le calme, le repos, la récupération. Entre les deux, un grand câble apaisant, le nerf vague, qui ramène le calme quand on lui en donne l’occasion.
Le problème aujourd’hui, c’est qu’avec l’actualité qui tombe en continu, on roule l’accélérateur collé au plancher en permanence. Le moteur ne refroidit jamais. Et un système nerveux qui ne redescend jamais n’a plus aucune énergie disponible pour quelque chose d’aussi gratuit et précieux que le dessin.
Pourquoi les réseaux empirent tout
Et en ce moment, les réseaux en rajoutent une couche. L’algorithme fait remonter en priorité les mauvaises nouvelles, parce que ce sont elles qui déclenchent le plus d’émotions, donc le plus d’engagement. Vous ouvrez l’application deux minutes, et vous enchaînez dix mauvaises nouvelles, dix montées d’alerte d’affilée.
Or on n’est pas faits pour autant de sautes d’humeur permanentes. À ce rythme, le système nerveux reste activé en continu, et l’envie de créer s’éteint sous la fatigue.
Comprendre ce mécanisme, c’est déjà reprendre la main
Voici la bonne nouvelle : tout cela est mécanique. Et dès qu’on comprend un mécanisme, on arrête de le subir. On peut agir dessus, même quand on ne peut rien changer à l’actualité elle-même. C’est précisément ce que je vous propose dans la suite.
Dessiner apaise : un besoin, pas un luxe
Le dessin fait peut-être partie de votre hygiène de vie, au même titre que bouger, bien dormir ou bien manger. Pratiquer une activité créative active le frein dont je vous parlais, cet état de calme et de lien qui fait redescendre la pression. En clair : dessiner vous apaise, et vous rend tout simplement plus heureux, justement quand tout le reste vous tire vers le bas.
« Quand on est lourd à l’intérieur, il faut faire des choses légères et simples pour se sentir vivre. »
Cette phrase, c’est une de mes élèves qui me l’a dite. Et je la trouve juste. Le dessin peut être exactement ce geste léger qui vous remet en mouvement quand l’ambiance générale est pesante.
Comment retrouver l’envie de dessiner, concrètement
Maintenant qu’on a compris le mécanisme, voici ce que vous pouvez mettre en place pour calmer votre système nerveux et faire revenir l’envie, sans attendre que l’actualité s’améliore :
- Limiter les mauvaises nouvelles. Ne vous informez pas plus que nécessaire, même si c’est parfois difficile de décrocher en ce moment. Moi-même, je retombe vite sur les infos quand je vais manger chez mes parents. Personne n’est à l’abri, l’idée est juste d’en avoir conscience et de réduire la dose.
- Ajouter du positif et de l’inspirant à la place. Il me suffit de regarder une longue vidéo de quelqu’un qui peint pour avoir automatiquement envie de m’y remettre. Remplacez une partie des infos par ce qui vous nourrit.
- Soigner votre entourage. On devient un peu la moyenne des cinq personnes que l’on fréquente le plus. Entourez-vous d’autres artistes, de gens qui créent, et suivez le travail d’autres artistes qui vous inspirent.
- Calmer activement votre corps. Respirer lentement, souffler un grand coup, marcher, chanter : tout ce qui rallume le frein. Et dessiner sans aucun enjeu en fait partie.
- Vous y remettre par petites doses. Dix minutes de gribouillage dans votre carnet, juste pour le geste, suffisent à faire redescendre la pression. Pas besoin de trouver quoi dessiner de grandiose, ni de ressortir tout votre matériel : un crayon, ou vos crayons de couleur, et c’est parti. Juste dessiner, pour le plaisir.
- Fixez-vous des objectifs minuscules. Plutôt que de vous fixer des objectifs ambitieux, visez tout petit. Pas une grande progression, juste faire du dessin cinq minutes. Même sans temps pour dessiner, un mini objectif tenu vaut mieux qu’un grand objectif abandonné. C’est ça, reconnecter avec le plaisir.
Et rassurez-vous : reprendre ne veut pas dire repartir de zéro. Quel que soit votre niveau en dessin, que vous ayez suivi des cours de dessin ou que vous soyez autodidacte, le simple fait de pratiquer et d’apprendre un peu chaque jour vous fait progresser. La progression, le sentiment de satisfaction, l’envie de trouver des idées de dessin, d’explorer la théorie des couleurs ou la peinture, tout cela revient de soi-même une fois le processus relancé.
Si cet épisode vous donne envie de vous y remettre pour de vrai, mais sans pression, j’ai créé le Challenge 30 Jours : un petit dessin par jour pendant 30 jours, sous forme de podcast, pour réinstaller le geste tranquillement et rappeler à votre système nerveux qu’il est en sécurité, même quand l’actualité ne l’est pas. C’est la façon la plus douce que je connaisse de relancer une pratique régulière sans se mettre la rate au court-bouillon.
La motivation est une humeur, et c’est normal
Il y a une dernière chose à accepter pour rester motivé sur le long terme : la motivation, c’est comme une émotion. Ça va, ça vient. D’ailleurs le mot « émotion » vient du latin emovere, qui veut dire « mettre en mouvement ». L’énergie circule, elle n’est jamais figée, encore moins dans une période agitée.
C’est donc parfaitement normal de traverser ces baisses, surtout quand le contexte général est aussi morose. Même moi, après des années de pratique et en étant prof, j’en traverse beaucoup. Ce n’est pas un défaut, c’est humain.
Picasso disait qu’il avait mis toute sa vie à savoir dessiner comme un enfant. Au fond, il parlait peut-être de ça : aimer faire, sans se juger. Un enfant qui joue ne se dit jamais « je joue mal ». Il joue parce qu’il aime jouer. Pas de « ça n’avance pas assez vite », pas de « c’est moche ». Ma parade quand l’énergie baisse, c’est justement celle-là : je varie les activités et je m’autorise à faire sans attendre de résultat.
Et surtout, ne vous comparez jamais aux autres artistes. Comparez-vous à votre propre progression, à vos dessins d’avant. Le but, c’est de rester motivé et de retrouver du plaisir, pas de performer. Une fois que le geste redevient un plaisir, les idées de dessin reviennent toutes seules, et le processus se relance naturellement, même quand on a peu de temps pour dessiner.
Vos questions sur la perte d’envie de dessiner
Pourquoi n’ai-je plus envie de dessiner ?
Le plus souvent, ce n’est pas un manque de volonté. Quand votre système nerveux se sent en insécurité (à cause de l’actualité, des mauvaises nouvelles en continu, de la fatigue), il bascule en mode survie et met la création de côté. L’envie revient quand le corps se sent de nouveau en sécurité.
Est-il normal de perdre l’intérêt pour le dessin ?
Oui, totalement, et encore plus dans une période anxiogène comme celle qu’on vit. La motivation fonctionne comme une humeur : elle monte et elle descend. Même les artistes professionnels traversent des périodes où ils n’ont plus envie de dessiner. L’important est de ne pas abandonner le dessin définitivement, mais de garder un petit geste, même minime.
Qu’est-ce qui bloque la créativité ?
Un système nerveux en alerte permanente, souvent entretenu par un flux de mauvaises nouvelles. Les quatre réflexes de survie (combattre, fuir, se figer, se soumettre) mobilisent toute votre énergie pour faire face au danger perçu, et il n’en reste plus pour créer. Calmer le corps, c’est rouvrir la porte à la créativité.
Quels sont les effets du dessin sur le cerveau ?
Dessiner active le système parasympathique, l’état de repos et de lien. Cela aide à calmer le système nerveux, à faire redescendre la pression et à se sentir plus heureux. C’est pour cela que le dessin peut être un véritable outil de bien-être en période agitée, et pas seulement un loisir.
Alors si c’est lourd à l’intérieur en ce moment, et vu l’actualité c’est bien compréhensible, faites léger et simple pour vous sentir vivre. Sortez votre carnet, gribouillez dix minutes sans enjeu, et laissez l’envie revenir d’elle-même. Vous n’avez rien à prouver à personne, surtout pas en ce moment.



